« C'est l'ambiance »

« C'est l'ambiance, la charge de travail, plein de petits trucs. »
Elle ne m'a jamais dit que c'était moi. Elle avait sans doute raison de ne pas le dire. Mais j'aurais aimé qu'elle le fasse.
Audrey était mon assistante. Elle avait tout pour réussir, sauf l'organisation — elle en manquait cruellement. Elle aurait eu besoin d'objectifs détaillés, de deadlines précises, d'un cadre clair. Je ne le lui ai jamais donné. Je la laissais faire à sa façon, sans jamais la recadrer — sans doute pour rester celle qu'elle aimait bien.
Le jour où nous sommes parties ensemble au séminaire Renaissance, elle m'a annoncé qu'elle partait. Pas à cause de moi, disait-elle — à cause de l'ambiance, de la charge de travail, de plein de petits trucs.
Aujourd'hui je sais ce qu'elle ne m'a jamais dit : elle perdait un temps monstrueux et une énergie folle à chercher seule une organisation que je ne l'ai jamais aidée à construire.
J'avais les outils. Je ne les ai pas utilisés.
Poser un cadre, ce n'est pas être dure. Ce n'est pas brider. Un cadre clair, ce sont des objectifs précis, des délais nommés, un cap donné — tout ce qui permet à quelqu'un de ne pas se perdre dans le vide. Ce que j'appelais de la bienveillance était en réalité une absence : je ne voulais pas risquer de lui déplaire en la recadrant.
Le cœur sans cadre, ici, ne s'est pas traduit par mon épuisement à moi — mais par celui d'Audrey, qui avançait sans repères, seule.
Ce que je n'avais pas compris à l'époque, c'est que poser une limite, un objectif, une deadline, ce n'est pas retirer de l'amour.
C'est lui donner une forme utilisable. Le vrai cadeau qu'on peut faire à quelqu'un qu'on manage, ce n'est pas de le laisser libre de tout — c'est de lui donner des repères assez solides pour qu'il puisse s'appuyer dessus.
Si tu évites de recadrer par peur de perdre l'affection de ton équipe, sache une chose : ce n'est pas de la gentillesse que tu leur offres. C'est un vide qu'ils doivent combler seuls, souvent au prix de leur énergie — et parfois, comme Audrey, ils finissent par partir chercher ce cadre ailleurs.
Et ça, ça s'apprend.



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