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« Et si elle ne dit jamais oui ? »

25 août
3 min de lecture

Il est 22h47. J'ai posté il y a onze minutes dans un groupe Facebook de femmes entrepreneures. Femme & Leader, ma formation, en bêta test. J'actualise la page toutes les deux minutes. Zéro commentaire. Zéro message privé.

Le bouton « Publier », c'est le plus dur que j'ai cliqué depuis longtemps.

Parce que ce post-là, ce n'est pas un post comme les autres. C'est moi qui dis : voilà ce que je sais faire, voilà ce que ça m'a coûté de l'apprendre, et je crois que ça peut t'aider. Voulez-vous être la première à me faire confiance ?

Et pendant que j'attends, la petite voix arrive. Ponctuelle. « Tu crois vraiment que quelqu'un va payer pour ça ? » « Tu n'as même pas fini de guérir tes propres blessures de manager, et tu voudrais accompagner celles des autres ? » « Et si elle ne dit jamais oui ? »

Je la connais bien, cette voix. Je l'ai déjà rencontrée derrière un bureau de responsable de pôle, dans un séminaire qui s'appelait Renaissance, face à une collaboratrice qui partait « à cause de l'ambiance ». Elle m'a suivie partout. Longtemps, j'ai cru qu'il fallait la faire taire pour avancer.

Ce que je sais aujourd'hui, c'est que je n'ai pas besoin de la faire taire. J'ai besoin de la retourner.

Cette peur de ne pas décrocher mon premier « oui », elle ne me dit pas que je ne suis pas légitime. Elle me dit exactement ce que ressent la femme qui va lire mon post, hésiter, fermer l'onglet, y revenir trois fois avant d'oser m'écrire. Mon syndrome de l'imposteur n'est pas un obstacle entre elle et moi. C'est le pont.

Parce que je ne vais pas la regarder de haut avec une méthode toute faite. Je vais la comprendre de l'intérieur, parce que je l'ai été. Je ne vais jamais la juger, parce que je me suis jugée bien plus durement qu'elle ne le fera jamais. Et je vais l'aider à voir les blocages que j'ai mis des années à voir moi-même — avant qu'ils m'éclatent à la figure. Sept mots qui mettent fin à mon poste de manager en 27 secondes. Audrey, dont j'apprends le départ en plein séminaire Renaissance, sans qu'elle ose me dire que c'était moi. Une autre collaboratrice que je protège jusqu'à m'épuiser. Un « oui » donné par peur, jamais par choix. Je n'ai pas lu ça dans un livre. Je l'ai payé.

Alors oui, ce soir, j'ai peur. Mais j'ai aussi une conviction tranquille, presque étrange à côté de la peur : celle qui va me lire et se reconnaître, celle qui va hésiter avant de cliquer « en savoir plus », elle me ressemble. Elle a la même petite voix. Et moi, je sais exactement quoi lui dire — pas parce que j'ai un diplôme de plus qu'elle, mais parce que j'ai fait le chemin en premier, avec les mêmes blessures.

Le syndrome de l'imposteur, on en parle souvent comme d'un ennemi à abattre. Moi, j'ai arrêté de me battre contre lui. Je l'ai mis au travail. Il m'oblige à rester humble, à vraiment écouter avant de conseiller, à ne jamais prétendre avoir la vérité — juste l'expérience d'être tombée et de m'être relevée. C'est devenu mon meilleur outil de compréhension, pas ma faiblesse à cacher.

Si tu es en train de lancer quelque chose — une offre, un projet, une nouvelle version de toi-même — et que cette voix te souffle que tu n'es pas encore assez légitime pour le faire : regarde-la de plus près. Elle n'est peut-être pas là pour t'arrêter. Elle est peut-être là pour te rappeler à qui tu t'adresses vraiment.

Il est 23h12. Toujours pas de « oui ». Mais je sais qu'il va venir. Pas parce que je suis parfaite. Parce que je comprends celle qui va me le dire.

Et ça, ça s'apprend.

 
 
 

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